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chroniques littéraires
mardi 20 octobre 2009, a 10:25
L'échappée belle d'Anna Gavalda
 

Il n'est pas encore sorti... je l'ai lu pour vous!

 

Gavalda c'est un style, c'est une ambiance, ce sont des valeurs... Gavalda, c'est tout un poème. Un poème sur la vie, sur les relations entre les hommes, sur la difficulté d'aimer. Gavalda, c'est de l'humain!

Avec ce dernier bouquin, elle a voulu se faire la belle avec ses personnages, on le sent bien, nous lecteurs, qu'elle a voulu se faire du bien à l'âme et au coeur. Ne cherchez pas les coups d'éclats dans ce nouvel ouvrage, tout est délicieux. Par contre vous y trouverez des coups de griffe, des coups de gueule et de l'humour beaucoup d'humour!

Les personnages de Gavalda vont toujours de "traviole": solitude, mal-être, divorce raté, célibat mal vécu, mariage pénible, belle famille insupportable. Ils ont besoin de se sentir entourés: à plusieurs on est plus fort... plus heureux peut-être et c'est cela qu'elle célèbre ici à travers cette fratrie. Simon, Garance et Lola, frère et soeurs se retrouvent lors d'une cérémonie de mariage, l'absence de l'un des frères est trop forte et ils décident de se faire la malle en plantant tout et tout le monde y compris la femme de Simon. Tous les quatre enfin réunis, ils retrouvent de la force et de l'énergie en oubliant les petits tracas et les grandes souffrances de leur vie tout en ayant bien conscience de vivre là "un peu de rab. Un sursis, une parenthèse, un moment de grâce. Quelques heures volées aux autres..." je n'en dirai pas plus!

Le dernier Gavalda réchauffe...

L'échappée belle d'Anna Gavalda. ed Le Dilettante, 10 euros.

samedi 01 août 2009, a 14:30
Les morsures de l'amour de Michel Monnereau ou l'art d'être chien!
 

"J'ai décidé de devenir chien et j'y suis parvenu. Ce n'est pas donné à tout le monde.
Les chiens ont bien de la chance de pouvoir se balader à poil dans la rue. C'est pourquoi je suis devenu chien. Pour me chauffer les testicules au soleil sans me faire embarquer par les flics et pour qu'on ne m'emmerde plus."

Le décor est planté, le ton est donné!
Benjamin a 28 ans, il a un travail qui ne le passionne guère, une femme qui le délaisse, des parents à qui il n'a rien à dire bref une vie loin d'être passionnante dans laquelle il étouffe.
Cette métamorphose lui procure un sentiment de liberté incroyable... ce n'est pourtant qu'une métamorphose partielle puisque du chien il n'a que les apparences! En effet ce toutou là a gardé la faculté de penser ce qui nous procure, à nous lecteurs, des moments d'une intense cocasserie mais aussi d'une infinie tendresse!
Les hommes deviennent "des jambes" comme il les nomme. Il y a des jambes qu'il faut éviter, que l'on a envie de mordre, à qui l'on s'attache, qui sont décevantes, que l'on finit tout de même par aimer...

Roman original aux allures de fable, nous nous laissons emporter par cette vie de chien vagabond. Michel Monnereau se donne joliment et intelligemment les moyens de brosser une belle galerie de portraits hauts en couleur, notamment celui de Gérard particulièrement réussi. Sans oublier ce qui fait la "patte" de Monnereau, l'ironie qu'il manie avec brio!

Les morsures de l'amour par Michel Monnereau, Editions la table ronde, 240 pages, 19 euros 50

 

jeudi 30 juillet 2009, a 11:14
Le kaléidoscope d'une vie par Samia Sérageldin
 

C'est à travers les yeux et la vie de Gihan que l'on pénètre dans cette société aisée qui, du faste de l'avant Nasser, a connu l'humiliation et les privations sous le régime du Raïs puis la montée de l'extrémisme religieux. La maison du Caire est la maison familiale où vit le Pacha son oncle. Cette maison vit au rythme des évènements, elle est en quelque sorte le cordon ombilical de Gihan qui la relie à l'Egypte et donc à ses racines.
C'est dans ce "décor" historique que va évoluer Gihan. Gihan, petite fille protégée de tous ces évènements par des parents aimants, par un famille soudée. Gihan qui grandit et qui, par tradition et "pour commencer sa vie" comme elle le dit, va accepter de devenir l'épouse d'un mari qu'elle n'a pas choisi. Gihan qui devient mère et qui malgré tout l'amour qu'elle porte à son enfant décide de fuir et est contrainte de le laisser en Egypte. Ce sera sa première grande décision: partir pour reprendre la maîtrise de sa vie, échapper aux traditions familiales, aux codes, aux principes de la société musulmane.
Mais lorsque l'on quitte ses parents, son enfant, son pays pour vivre ailleurs, comment envisager un retour définitif? Où trouver sa place lorsque l'on vit dans deux pays radicalement différents?
La maison du Caire interroge le lecteur sur la répercussion de chacun de nos actes sur notre vie d'où le terme "kaleidoscope" utilisé à de nombreuses reprises tout au long du roman. On pourra être sensible à l'extrème pudeur dans l'expression des sentiments et à ce portrait de père magnifique.
Modernité et traditions, révolte et renoncement, passé et présent, Gihan surmontera-t-elle tout cela pour faire la paix avec elle-même et son passé?

Extrait:
Parfois, c'est comme à travers un kaleidoscope: les éclats colorés de différentes formes sont les mêmes, mais le moindre décalage de l'angle desp lentilles change la composition pour former un motif entièrement nouveau. Ainsi en était-il de mon humeur ce soir-là; quelques jours plus tôt je ne me voyais pas partir; maintenant, je sentais qu'il n'y avait pas de places pour moi ici

La maison du Caire de Samia Serageldin, Editions Rivages poche, 9 euros

 

jeudi 30 juillet 2009, a 11:08
Rouge majeur, les derniers jours de Nicolas de Staël par Denis Labayle
 

Rouge majeur est un roman (le journaliste n'a jamais existé) mais tout le cadre historique, la pensée des personnages sont inspirés par la réalité. Nicolas de Staël revit sous la plume de Denis Labayle pour notre plus grand plaisir.
 
Nicolas de Staël s'est suicidé en 1955 laissant inachevée une toile gigantesque, certainement l'oeuvre de sa vie. Personne ne connaît les raisons exactes ni les circonstances de sa mort. Seule une seule personne, un américain, Jack Tiberton était alors à ses côtés à Antibes mais s'est tu jusqu'à présent. Prêt de cinquante ans plus tard, le journaliste d'alors devenu critique d'art réputé sentant approcher lui aussi sa dernière heure, décide de livrer les dernières heures de la vie de ce grand peintre.
La rencontre à lieu à un moment clé dans l'existence du peintre. Il vient d'assister à un concert jouant les oeuvres de Webern et il est bouleversé. Il décide alors de réaliser l'oeuvre de sa vie: une toile immense qu'il appellera le Concert censé faire écho à tous nos sens: "je veux que l'oeil entende", dit-il. Jack va lui servir d'ange gardien, de confident pendant la réalisation de cette toile, il va également tenter de pénétrer l'univers du peintre et de combler parfois son extrême solitude. Mais Nicolas de Staël est torturé par sa peinture, oscillant entre l'illumination et le désespoir.

Denis Labayle signe là un roman passionnant nous plongeant dans l'ambiance de Paris après-guerre, les stigmates, les traumatismes de la guerre sont toujours présents dans la mémoire des personnages. Il permet également une immersion totale dans les méandres de la création, les douleurs que peut engendrer le succès et la souffrance permanente qui déchire le peintre. Nicolas de Staël, au travers sa peinture, recherchait l'absolu.

Rouge majeur par Denis Labayle, Editions Panama, 17 euros.

Le livre sort aujourd'hui 2 octobre

Pour le plaisir...
"Toute ma vie, j'ai eu besoin de penser peinture, de voir des tableaux, de faire de la peinture pour m'aider à vivre, pour me libérer de mes impressions, de toutes les sensations, de toutes les inquiétudes auxquelles je n'ai trouvé d'autre issue que la peinture."
Nicolas de Staël
 

dimanche 06 avril 2008, a 16:54
Anna Gavalda: consolez-vous... elle revient!
 

"Je l'aimais", "je veux que quelqu'un m'attende quelque part" et "Ensemble, c'est tout". Qui n'a pas déjà entendu et / ou lu ces titres d'Anna Gavalda.
Elle revient 4 ans plus tard "Ensemble c'est tout" avec son tout nouveau roman "La Consolante"

 

Je me souviens encore de cette frénésie qui s'était emparée de moi à la lecture //d'Ensemble, c'est tout//. J'avais l'impression de lire Le livre que j'avais toujours eu envie de lire... vous me suivez?
Et pour une fois, nous avons eu la chance de voir une adaptation réussie du livre qui a d'ailleurs valu à Laurent Stocker un césar. //Ensemble c'est tout// a connu un succès dont peu d'écrivains peuvent se targuer: 685 000 exemplaires vendus en librairie, 200 000 exemplaires par les clubs de livres et 1 200 000 en poche.


===Un roman tentaculaire===

Ce nouveau roman  //La Consolante// est tentaculaire,  Anna Gavalda nous immerge dans la vie de Charles Balanda qui a décidé de tout plaquer suite à la mort de la mère d'un ami qu'il avait bien connu enfant. Chez  Anna Gavalda, les personnages sont toujours en rupture avec leur quotidien, à la croisée de "leur" chemin on suit leur périple initiatique, leur retour à la lumière avec un réel bonheur.
Gavalda, on l'aime, parce qu'elle nous fait du bien... c'est rare un écrivain qui écrit sans mièvrerie
et qui raconte de belles histoires au sens noble du terme.

Gageons que cet opus remportera un franc succès!

//La Consolante, d'Anna Gavalda, Editions Le Dilettante, 637 pages, 24,50 Euros//

 

 

 

dimanche 06 avril 2008, a 16:29
La vérité ou presque de Stephen McCauley
 

Desmond Sullivan est professeur à l'université et biographe d'artistes qui n'ont jamais réussi à percer dans le métier. Pauline Anderton est une chanteuse à la vie tourmentée qui a stoppé prématurément sa carrière pourtant prometteuse. L'écriture de cette biographie lui donne beaucoup de fil à retordre, il a l'impression qu'un élément fondamental lui échappe et décide de tout plaquer (son ami et son poste) afin de mettre un point final à cette biographie qui le tourmente.

Jane Cody, la quarantaine, produit une émission depuis fort longtemps. Elle sent bien qu'elle a du mal a renouvelé un concept pour le moins éculé… sa vie lui échappe totalement : un mari aimant mais qu'elle trouve ennuyeux, un enfant beaucoup trop mature pour son âge et sur lequel elle n'a aucune emprise. Au lieu de se remettre en question, elle décide de faire l'autruche. Jane a une spécialité : des emplois du temps et des listes de choses à faire totalement faux destinés à tromper son entourage . Une manière de cacher une double vie qui ne fait que l'enfoncer un peu plus dans la déprime.

Ses deux personnages en période de « transition existentielle » vont se rencontrer ; Cette rencontre sera déterminante dans la vie de chacun d'eux.

Stephen Mac Cauley nous avait habitué à plus piquant, à plus comique. Mais ce nouvel opus se lit sans déplaisir et nous nous reconnaissons souvent dans cette lâcheté consistant à faire abstraction de la vérité sans fard au profit d'une vérité toute relative !. Mentir aux autres revient dans la plupart des cas à se mentir à soi-même et c'est ce que Mac Cauley dépeint avec beaucoup de talent et de… réalisme.

mardi 23 octobre 2007, a 15:40
OBIWI : nouveau site participatif
 

Vous êtes passionnés de sport, de cuisine, de déco, de design, de mode. Les domaines culturels, parler de sujets autour de la famille ou du tourisme et loisir vous interessent alors ce site est fait pour VOUS.

Obiwi est un site qui est fait par et pour des passionnés comme vous.

Les rédacteurs sont entourés et guidés par des journalistes et des éditeurs en interne.

De plus, il leur offre en plus d'une visibilité importante de nombreux autres avantages.

Je vous invite à consulter le site obiwi.com!

Quant à moi, je reste à votre disposition pour de plus amples renseignements

samedi 20 octobre 2007, a 08:44
La chaussure sur le toit de Vincent Delecroix
 

Une chaussure comme raison d’être d’un recueil entier… quelle bien étrange idée.

Et pourtant une chaussure en guise de fil narratif, cela peut fonctionner, encore faut-il qu’elle soit sur un toit !

Les chapitres sont autant de petites nouvelles puisqu’ils racontent des histoires indépendantes les une des autres. Pourtant tous convergent vers une même thématique : la chaussure sur le toit.

Cette chaussure représente un miroir où les sentiments et les actes se révèlent : tour à tour, la révolte, la jalousie, la tristesse, la trahison, le rêve, le fantasme.

Les personnages que l’on croise au cours de notre lecture sont tous très différents : de la petite fille qui ne veut pas dormir, au braqueur abandonné à son sort, de l’ex mari jaloux au trentenaire rêvant de belle au bois dormant, de l’africaine amoureuse au chien qui fuit un maître dépressif et violent. Leur point commun : ils habitent le même immeuble du côté de la gare du nord à Paris.

Vincent Delecroix signe ici un livre original tant dans la forme que dans le fond : il s’amuse à différencier les chapitres en changeant de style, de ton et de registre. La peinture de la solitude prend ainsi, sous sa plume, des couleurs inédites…

Les libraires et journalistes littéraires promettent à La chaussure sur le toit un destin semblable à L’élégance du hérisson . Le hérisson va-t-il trouver chaussure à son pied ?, seul l’avenir nous le dira...

La chaussure sur le toit a été selectionnée pour le prix Médicis, le Prix Renaudot, le prix de l'Académie Française et aussi le prix Goncourt

Extraits

«Pourquoi est-ce qu’il n’y a, sur ma route que des misérables ? Pourquoi au lieu de ce pauvre garçon avec ses béquilles et sa jambe de pantalon nouée, je ne rencontre pas plutôt, je ne sais pas moi, un père de famille avec ses deux enfants revenant d’une fête déguisée ? (…) Pas un jour sans que j’aperçoive une larme sur un visage, une disgrâce quelconque, u geste méprisable, de vêtements usés, une nuque ployée. Il aurait alors fallu que je sois un monstre pour ne pas rentrer accablé et avec sur le visage cet air à la fois douloureux et fatigué qui finissait par lasser tout le monde. »

« Le flic a fini par me dire : vous voulez qu’on appelle quelqu’un pour venir vous chercher, vos parents ? Il me vouvoyait. Ils m’ont tous vouvoyée, parce que, même si je suis noire, j’ai des papiers, moi, des papiers français. Avoir ce bout de plastique dans la poche, ça vous donne le droit d’être vouvoyée. Sans papiers, noir, on est juste un Tu. »

« Je n’aurais pas eu le temps, finalement, de t’apprendre à lire, et d’ailleurs pour quoi faire ? Pour que tu puisses déchiffrer le mot Police sur la camionnette ? Le mot expulsion ? Embarquement ? Et pour lire quoi, maintenant ? Les lettres que tu ne pourras jamais recevoir ? »

« Je ne cherche plus chaussure à mon pied, j’ai la chaussure, je cherche le pied qui va avec.(…) T’imagines, a-t-il repris, le prince charmant organisant exactement le même bal , à l’identique, pour faire réapparaître Cendrillon, au lieu d’aller la chercher la galoche à la main ? »

mercredi 10 octobre 2007, a 16:02
José de Richard Andrieux
 

"Ce n’est pas une lampe c’est un citron, si la lampe était jaune je l’aurais appelé « la mer » pour ne pas la confondre avec le soleil. Ce n’est pas un lit, c’est « voyage », ce n’est pas un chandelier, c’est « colonel ». Bienvenu dans l’univers de José, petit garçon de 9 ans qui a décidé de rebaptiser tous les objets. Orphelin de père, il vit avec sa mère ou plutôt à côté car il refuse toutes les marques d’attention de celle-ci , à l’école, il se met à l’écart repoussant tous ses camarades. Il trouve refuge dans sa chambre où il s’est crée un univers bien à lui. Il personnalise les objets et leur parle comme à de véritables amis.

Sa mère, inquiète par le mutisme de son fils décide de consulter une psy. La psy est elle-même très mal à l’aise devant ce petit garçon bien décidé à préserver son jardin intime.

La maman de José perd pied, elle s’enfonce dans l’alcool et les médicaments jusqu’à l’issue fatale. José part vivre chez sa tante. La lecture d’une lettre que sa mère lui avait écrite comme un appel à l’aide et qu’il n’avait pas lue jusqu’à ce jour constituera un véritable électrochoc. Le petit garçon délaisse son monde imaginaire et se laisse mourir. C’est un rêve qui va le sauver.

Richard Andrieux signe un livre court mais intense. Il évoque des thèmes douloureux avec beaucoup de pudeur, de justesse et de simplicité.

Un livre réellement émouvant qui vient d’obtenir le prix du premier roman de la Forêt des livres 2007.

Certains disent que c'est le Petit Prince du XXI siècle...

vendredi 14 septembre 2007, a 09:14
Une pièce montée de Blandine Le Callet
 

Voici une très belle idée… Blandine Le Callet met en scène des personnages qui assistent à un mariage. La célébration d’un mariage devrait être une grande fête où tout le monde se réjouit.

Pourtant, si l’on s’immisce dans les pensées de certains invités, nous nous apercevons que c’est souvent loin d’être le cas : pour certains c’est l’heure du bilan de couple, cette fête solennelle peut également réveiller des souvenirs heureux ou malheureux pour les plus âgés, pour d’autres c’est l’occasion de faire un « coming out » devant toute la famille réunie au grand complet, ou encore de régler les comptes familiaux.

Nous découvrons ainsi Pauline, la petite fille demoiselle d’honneur qui assiste à la première discrimination de sa vie et découvre la lâcheté des adultes ; puis Bertrand le curé éreinté par l’entretien des paroisses, les mariages à préparer et les messes à célébrer, il apparaît si las et si découragé qu’il se met à bâcler la messe de mariage, la grand-mère de la mariée profite, quant à elle, de l’occasion pour révéler un secret de famille.

En consacrant un chapitre entier à chaque personnage, Blandine Le Callet décrit avec beaucoup de finesse leurs sentiments, leurs émotions, leurs comportements. Loin des clichés, loin des blagues et des jeux potaches que peuvent revêtir certaines fêtes, l’auteur avec lucidité et une certaine gravité , non dénué par endroit d’humour, se fait l’interprète des pensées interdites un jour comme celui-là. Sans concession!

lundi 10 septembre 2007, a 14:30
La fille des Louganis de Metin Arditi
 

La fille des Louganis nous entraîne dans l’histoire d’une famille frappée par une sorte de malédiction. L’héroïne de ce roman, Pavlina, connaîtra un destin particulièrement tragique marqué par un triple secret.

Pourtant, de son enfance bercée par le soleil et les embruns d’une petite île grecque, elle garde un souvenir magnifique et doux. Lorsque son père qui l’adorait et son oncle, tous deux pêcheurs, périssent en mer, elle se retrouve seule avec sa mère, sa tante et son cousin Aris dont elle est très amoureuse. Mais Aris meurt noyé. Enceinte, Pavlina est contrainte à l’exil. Loin de sa terre et des siens, elle mettra au monde une petite fille qui lui est aussitôt enlevée. Abandon dont elle ne fera jamais le deuil et qui l’obsède. Dès lors, une seule chose donnera du sens à sa vie : retrouver son enfant. Cette obsession la mène aux frontières de la folie.

Elle décide alors de s’exiler à nouveau pour la Suisse où étrangement quelques dix-sept ans plus tard, elle rencontre Antonella et l’espoir renaît à nouveau.

La prose de Metin Arditi est claire, déliée, pure comme l’eau, élément essentiel de son roman. U n roman émouvant sur le thème du secret de famille souvent dévastateur. Un roman fort où l’amour est montré comme l’unique chemin vers le pardon et la rédemption.

jeudi 06 septembre 2007, a 11:10
Le Jardin des délices terrestres d' Indrajit Hazra
 

Hiren Bose est insomniaque et pyromane, avec son briquet toujours au fond de sa poche, il a déjà de nombreux incendies à son actif. La destruction de son petit commerce de cabines téléphoniques par d’étranges créatures le conduit à mettre le feu au corps de sa compagne endormie, feu qui s’étendra rapidement à l’ensemble de son habitation. Cette pulsion fatale le contraint à retourner au 72 Banamali Naskhar Lane qui n’est autre qu’un foyer accueillant de jeunes hommes sans travail. Le 72 est un lieu étrange dirigé par Ghanada, personnage lui aussi curieux, sorte de gourou mythomane qui maintient ces personnes dans une quasi léthargie les saoulant d’histoires dont il est à coup sûr le héros que cela se passe au Moyen âge ou de nos jours!

Manik Basu est un écrivain en panne d’inspiration… il fuit son éditeur qui le harcèle et part à Prague pensant pouvoir s’y réfugier quelques temps. C’était sans prévoir l’immense pouvoir de l’éditeur qui le kidnappe dès son arrivée et le maintiendra en otage jusqu’à l’obtention du manuscrit.

Hiren Bose et Manik Basu sont des hommes traqués qui ignorent la dangerosité de leur entourage et qui vivent avec un certaine nonchalance, un peu trop sûrs d’eux, ils ne pensent jamais aux conséquences de leurs actes.

Après Max le maudit, Indrajit Hazra nous livre avec le Jardin des délices terrestres un récit décalé, souvent déjanté. Mais sous cette apparente légèreté se cache une réflexion sur les liens entre la littérature et le mensonge fort pertinente.

dimanche 26 août 2007, a 23:28
Exprimez-vous... en laissant un petit commentaire!
 

N'hésitez pas à proposer des lectures, à parler de vos bouquins préférés!

BONNE LECTURE

dimanche 26 août 2007, a 14:49
L'histoire de l'amour de Nicole Krauss
 

Mise en abyme

Léo Gursky est un vieux juif polonais qui a vécu l’horreur lors de la seconde guerre mondiale. Seul rescapé de sa famille, il a quitté à 20 ans la Pologne pour rejoindre son amour de jeunesse, Alma, aux Etats-Unis. Serrurier à la retraite, il vit dans ses douloureux souvenirs avec la sensation d’être toujours arrivé trop tard : enceinte de lui et le croyant mort, Alma avait refait sa vie. Alors, pour ne pas perdre pied, il continue à écrire et vit par procuration sa paternité, il sait tout de son fils qui est devenu un écrivain célèbre.

Alma Singer a 15 ans, ses parents se sont connus en Israél puis ont déménagé aux Etats-Unis, le décès de son père alors qu’elle n’avait que 7 ans est toujours très douloureux, son petit frère cherche le réconfort dans la religion tandis que sa mère, traductrice, travaille avec acharnement sur la traduction d’un livre écrit en espagnol par un auteur, maintenant décédé, Zvi Livitnoff. Zvi est également juif polonais mais lui s'est réfugié au Chili. Très amoureux, il s’est retrouvé piégé par l’image de grand écrivain qu’il voulait donner de lui. Son livre intitulé L’histoire de l’amour est au centre de l’intrigue et tisse un lien entre les personnages notamment entre Léo et la jeune Alma. Ce livre a joué ou jouera un rôle déterminant dans la vie de chacun d’eux.

Nicole Krauss puise dans ses racines, dans sa culture pour écrire ce livre : tout au long du roman, on peut ressentir toute la douleur de ceux qui ont été pris pour cible, qui ont été exterminés et souvent contraint à l’exil. Cette mémoire-là, Nicole Krauss y tient, l’écriture parsemée de mots en hébreu lui rend hommage en la faisant vivre devant les yeux de chaque lecteur. C’est un livre qui porte des thèmes assez durs comme le deuil, la solitude, l’exil, la mort. Cependant, l’auteur ne nous laisse aucun répit pour s’apitoyer sur le sort des personnages, le rythme de l’intrigue est soutenu, les rebondissements nombreux et l’humour toujours présent.

Dans ce livre, ces livres... sont réaffirmés une fois de plus les pouvoirs fabuleux de la littérature capable de transcender la souffrance.

vendredi 17 août 2007, a 16:22
Déjeuner de famille de John Cheever
 

Humain, trop humain

L’univers de John Cheever est assez particulier.

En s’intéressant aux caractéristiques de la classe moyenne américaine, il a le don d’n stigmatiser les travers. A l’instant où vous pénétrez dans l’univers de ces 16 nouvelles, le compte à rebours a commencé. A la fin de la nouvelle, la bombe explose.

La vérité et la réalité sont décrites sans artifices ni effets quelconques, la grande simplicité du ton donne encore plus de force et de portée aux nouvelles. Les titres sont révélateurs de cette simplicité : Le gardien d’immeuble, Le bus pour Saint James, Une autre histoire.

Mais sous les cendres, la braise…les personnages connaissent en général des destins pénibles voire tragiques. Pantins à la merci d’une force, d’un message qu’ils sont incapables de déchiffrer. L’alcoolisme, l’adultère, la débauche, l’indifférence, l’ambition démesurée entre autres sont autant de mauvaises réponses à ces messages.

Tout n’est pas noir chez Cheever et l’humour est souvent présent à l’image de ce ventre qui raconte sa rébellion face aux régimes imposés par son « maître » et qui revendique haut et fort sa place.

Les nouvelles de John Cheever sont finalement intemporelles et si denses qu’elles trouvent un écho en chacun de nous.

vendredi 27 juillet 2007, a 18:14
Loin de Chandigarth de Tarun J Tejpal
 

Ce qui unit les êtres...

Fin des années 90, en Inde, un journaliste et sa femme Fizz forment un couple fusionnel. Leur vie est conditionnée par le désir qu’ils ressentent l’un pour l’autre. Pour le narrateur, Fizz est un astre qui l’éclaire, le fait vibrer et respirer. Ses velléités d‘écrivain sont rapidement étouffées par le désir qui l’étreint en permanence. La découverte de nombreux carnets dans les murs de la maison qu’ils viennent d’acquérir plonge le narrateur dans une nouvelle histoire de désir : celle de Catherine, aventurière américaine qui a elle aussi connu les joies et les affres du désir en terre indienne au temps des nawabs et des maharadjahs. Cette histoire l’obsède et l’éloigne irrémédiablement de Fizz.

690 pages pour tenter d’appréhender la notion de désir. Tout au long du récit l’auteur dissèque, analyse le désir sous toutes ses formes.

Ce n’est pas un hasard si le roman se déroule au pays du Kama Sutra! En effet, l’Inde joue un rôle essentiel dans le déroulement du récit.

Ici pas d’effets « bollywood » mais plutôt une Inde authentique. L’auteur n’hésite pas à pointer les problèmes majeurs qui font vaciller ce pays immense et si complexe tout en lui reconnaissant une sensualité et une richesse spirituelle incomparables.

Laissez-vous transporter Loin de Chandigarth, le voyage sera intense.

Je vous invite à consulter le lien suivant

http://hyperion-billet.blogspot.com/2006/09/lalchimie-de-chandigarh.html

Kévin est un inconditionnel de ce livre et n'étant pas obligé d'obéir aux contraintes de la chronique, il livre une fine analyse et un point de vue très interéssant.

vendredi 06 juillet 2007, a 19:43
Une promesse de Sorj Chalandon ( prix Médicis 2006)
 

Pour l’éternité

« Ainsi aurons-nous vécu plus longtemps que la mort » dit Etienne à sa femme Fauvette. Cela il peut le dire grâce à la promesse de Lucien dit le Bosco, son frère. Lucien lui a promis cela et bien plus encore…

L’amitié qui le lie à l’Andouille, à Paradis, à Madeleine, à Léo, à Ivan et à Blancheterre lui permettra de tenir cette promesse.

Jour après jour, chacun à leur tour, une tâche bien précise à effectuer, ils font vivre la demeure d’Etienne et Fauvette, les époux défunts, pour braver le temps, symbolisé par la veilleuse, et surtout l’oubli.

Sorj Chalandon nous offre, avec pudeur et tendresse, un récit poignant où sont réaffirmées la valeur de l’amitié et la force de l’amour fraternel.

Avec « une promesse » on prend un nouvelle fois conscience du pouvoir des mots, de la poésie et des légendes aussi.

vendredi 06 juillet 2007, a 19:18
Acide sulfurique d'Amélie Nothomb
 

Le Loft revisité

Amélie Nothomb a encore frappé avec ce nouveau roman portant le concept de téléréalité à son paroxysme.

Ce nouveau jeu s’appelle « Concentration » : adieu îles paradisiaques et autres luxueuses villas car l’on vit désormais dans un camp, les chefs sont appelés Kapos et le terme de prisonnier a remplacé celui de candidat. Un champ lexical soigneusement choisi qui nous rappelle avec effroi les camps de la mort.

Mais le jeu ne serait être complet sans l’intervention du téléspectateur. Celui-ci joue un rôle déterminant dans le déroulement du jeu puisqu’on lui attribue, comme dans les arènes romaines, le pouvoir suprême : celui de donner la mort ou de préserver la vie.

Amélie Nothomb déconstruit, avec malice et cynisme, l’univers manichéen imposé par les règles de la téléréalité.

Ce roman nous rappelle le film « le prix du danger » où tout à coup la morale, l’éthique disparaissent et la barbarie reprend ses droits.

Efficace!

vendredi 06 juillet 2007, a 09:13
L'ombre du vent de Carlos Ruiz Zafon
 

Voici les nouvelles chroniques d’ « après Express ». Bonne lecture !

L’ombre du vent de Carlos Ruiz Zafon

Le livre maudit

Daniel Sempere a 10 ans lorsque son père, libraire, l’introduit dans le cimetière des Livres Oubliés, lieu fréquenté par les initiés exclusivement. Il doit choisir un livre, un seul. Il choisira l’ombre du vent de Julian Carax. Il ne sait pas encore que son destin vient de basculer. Il n’aura de cesse, dès lors, de dissiper le mystère planant autour des œuvres et de la vie de Julian Carax. Cet auteur est, en effet, l’objet d’un curieux autodafé et des phénomènes étranges se produisent à la seule évocation de son existence. Daniel tout entier à sa fascination semble marcher dans les pas de Carax et des analogies de comportement, d’expériences de vie commencent à émerger. Le livre, l’auteur seraient-ils maudits ?

Carlos Ruiz Zafon nous plonge avec cette intrigue dans une Barcelone déchirée par la guerre civile. L’écriture, remarquable, est peuplée d’ombres, de ténèbres et de brumes distillant une atmosphère pesante, angoissante.

Mais, notons que l’humour n’a pas déserté les pages de ce roman et la légèreté (apparente) de Fermin, ami et complice de Daniel dans l’enquête, constitue une respiration salutaire !

Serez-vous, à votre tour, captivé par l’Ombre du Vent ? Oui, à coup sûr…. L’histoire se répète et la littérature est puissante.

vendredi 06 juillet 2007, a 09:06
Nouvelles chroniques
 

Voici les nouvelles chroniques d’ « après Express ». Bonne lecture !

jeudi 28 juin 2007, a 01:11
Lauréat du Prix des lecteurs L'Express
 

Nous avons (à l'unanimité) attribué le prix à Bernard Giraudeau pour ses "Dames de nage".

J'espère que ma chronique vous donnera envie de découvrir l'écrivain...

dimanche 24 juin 2007, a 08:03
Les Dames de nage de Bernard Giraudeau
 

Le narrateur Marc Austère est un homme aux semelles de vent qui court le monde poussé par une soif intarissable de visages, de terres, de fleuves, de nature et par-dessus tout d’amour. Avide de larges horizons et amoureux de la mer, il s’engage très jeune dans la marine. Le goût de l’évasion toujours présent, il choisira plus tard la voie du documentaire.

De ces voyages du bout du monde, il en revient avec une infinité d’images mais également des fragments de vie qu’il tente de mettre bout à bout afin de leur donner un sens à moins que ce ne soit pour trouver un sens à sa propre vie.

C’est avec beaucoup d’empathie et une extrême sensibilité qu’il nous livre ces moments vécus et qu’il fait revivre les personnes rencontrées lors de ses expéditions : on se souviendra entre autres de l’évocation de son compagnon de voyage Michel qui a fini par se brûler les ailes dans le vent africain, de Marcia, travesti chilien, qui connaîtra un destin tragique ou encore Marguerite, vieille femme seule qui guette ses brèves apparitions pour glaner un signe de sa part.

L’écriture de Bernard Giraudeau est empreinte de sensualité et l’humanité qui s’en dégage fait du bien à l’âme et au cœur. On se prend soudain à croire que Bernard Giraudeau et Marc Austère ne font qu’un…

Les dames de nage où le « roman » d’un homme qui a rêvé sa vie, qui l’a vécue longtemps par procuration et qui finira par poser sa caméra comme d’autres déposent les armes. Passage douloureux mais obligé : le chemin entre le divertissement au sens pascalien du terme et l’introspection qui mène à la connaissance de soi suscite une autre forme de voyage, un voyage intérieur. C’est finalement ce voyage intérieur qui permettra à l’auteur de comprendre le monde et d’atteindre enfin la plénitude.

Le roman de cet homme libre et sage… résonne longtemps en nous et c’est à cela aussi que l’on reconnaît les bons livres.

dimanche 24 juin 2007, a 08:00
Intrigre à l'anglaise d'Adrien Goetz
 

Adrien Goetz

Intrigue à l’anglaise

Pénélope vient d’être reçue au concours de conservatrice du patrimoine. Pour son premier poste, elle est parachutée à Bayeux. Evidemment pour une spécialiste de l’ancienne Egypte copte la Tapisserie de Bayeux n’a rien de très attrayant. Mais ce n’est peut-être pas un hasard si elle a été choisie pour ce poste apparemment très éloigné de sa spécialité ? Peu de temps après sa nomination, elle se retrouve au centre d’une intrigue complexe : la directrice en chef du musée vient d’être victime d’une tentative d’assassinat.

Pénélope a un caractère bien trempé et n’a pas froid aux yeux, avec l’aide de son ami journaliste Wandrille, ils s’immergent dans l’histoire de la Tapisserie afin d’en percer le mystère : cette tentative de meurtre serait-elle liée aux trois derniers mètres manquant à la tapisserie ? Derniers mètres indispensables à la compréhension de l’invasion de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant. Parallèlement à cette intrigue Dodi et Diana périssent sous le pont de l’Alma… la couronne d’Angleterre serait-elle directement menacée par un morceau de tissu et quelques broderies? Que s’est-il passé entre le XIe siècle, date d’exécution de la Tapisserie et cet été tragique de 1997 ? Et surtout, qui aurait intérêt à retrouver la pièce manquante avant les autres, et pourquoi ? Cette tapisserie de Bayeux soulève soudain bien des passions et des convoitises.

Chantages, personnages énigmatiques, agressions, meurtres, manipulations : rien ne manque à ce « polar » historique très documenté et parfaitement orchestré par l’auteur Adrien Goetz. Une série de rebondissements brouillent les pistes et à maintes reprises on se prend les pieds dans la « tapisserie » !

Cette « Intrigue à l’anglaise » mêlant enquête et histoire de l’art pourrait sembler ardue et un tantinet trop touffue, elle se révèle pourtant passionnante et instructive grâce notamment aux protagonistes Pénélope et Wandrille qui y apportent modernité, second degré et humour. Bref, un peu de légèreté face au poids de l’histoire si complexe parfois.

dimanche 24 juin 2007, a 07:58
LeParfum d'Adam de Jean-Christophe Rufin
 

Paul et Kerry, deux anciens espions américains, respectivement médecin et psychologue, reprennent du service pour une agence privée après le saccage d’un laboratoire de recherche biologique. Cet acte est revendiqué par un groupe d’écologistes radicaux fonctionnant en réseau et prônant l’action violente. L’enquête commence doucement mais, très vite, nous nous retrouvons au cœur d’un complot « écolo-terroriste » menaçant la planète entière d’une catastrophe bactériologique provoquée par le choléra. Il n’est plus question, dès lors, d’enquête mais de traque qui les mènera de Pologne au Cap-Vert, des Etats-Unis à la France, de l’Italie au Brésil.

Au-delà de la menace bactériologique c’est l’idéologie sous-jacente qui nous fait frémir. On est bien loin du comité inoffensif de défense des animaux et de la nature dans ce roman… le côté « 30 millions d’amis » a bel et bien disparu !!

Il s’agit, pour eux, de s’attaquer aux racines du problème à savoir l’homme et plus particulièrement les pauvres, les exclus de la société industrielle. Cette pensée est pervertie par un postulat erroné : pour protéger la nature, il faut réduire la population en éliminant les plus faibles donc les plus pauvres.

Jean-Christophe Rufin réussit parfaitement à conjuguer roman d’espionnage et préoccupations écologiques et médicales à l’image du personnage principal Paul qui allie les deux avec style et professionnalisme. L’intrigue est passionnante, le suspens entretenu jusqu’aux dernières lignes mais l’auteur n’en oublie pas pour autant d’Ecrire comme c’est souvent le cas dans ce genre de thriller… il n’oublie pas non plus de réveiller les consciences de chacun d’entre nous car l’enjeu écologique sera très certainement la grande bataille de ce XXI ème siècle. A méditer.

dimanche 24 juin 2007, a 07:52
Contre-enquête d'Emma Bovary de Philippe Doumenc
 

Suicide ou meurtre ? Immortalisée par Flaubert, Emma Bovary apparaissait sous les traits d’une jeune femme romantique qui, pour tromper l’ennui et la bêtise ambiante, menait une vie dissolue tout aussi morose et décevante et finissait par se suicider. La version de Flaubert paraît très « romancée » par rapport à celle que nous propose ici Philippe Doumenc.

A la suite de la déposition d’un médecin reconnu et respecté, deux policiers chargés de mener une contre-enquête débarquent à Yonville. Tout l’entourage d’Emma sera interrogé : Charles Bovary bouleversé et toujours aussi sot, Homais le pharmacien pédant et grotesque ainsi que sa femme et sa fille, Lheureux l’horrible prêteur sur gages et les deux amants, Rodolphe le rentier dandy ainsi que Léon le clerc de notaire insignifiant. Plus l’enquête avance et plus elle sent le soufre, le scandale va éclater ; Emma Bovary a effectivement voulu se suicider mais l’arsenic ne tuant pas en une seule dose, seule l’intervention d’une tierce personne a provoqué sa mort, transformant le suicide en assassinat.

De fausses pistes en faux aveux, les suspects ne manquent pas et, contre toute attente, le coupable sera démasqué.

Philippe Doumenc a su restituer l’ambiance particulière de Yonville où la neige et le froid s’éternise et vous tétanise, où l’on croit encore à la légende de la Chasse Hellequin sorte de carrosse fantôme entraînant les morts de l’année dans sa folle cavalcade. Il parvient également à insuffler une dimension supplémentaire à tous ces personnages en les décrivant sous un jour nouveau se démarquant en cela de Flaubert qui a, semble t’il, fortement épuré l’intrigue en simplifiant les relations entre les personnages mais également en simplifiant leur psychologie. L’ennui certes… mais c’est surtout le cynisme et la perversité de toute une société qui sont brillamment pointés du doigt dans cette contre-enquête.

dimanche 17 juin 2007, a 16:08
Franz et Clara de Philippe Labro
 

Rupture, c’est le mot approprié pour qualifier le nouveau roman de Philippe Labro, Franz et Clara. Rupture de ton, de rythme, où le sempiternel « je » de l »auteur s’efface au profit du « je » de la jeune Clara.

Franz et Clara forment un couple improbable. Clara a vingt ans, elle est musicienne et déjà trop de blessures ont jalonné sa vie, elle se replie sur elle-même comme résignée. C’est sans compter sur Franz, collégien de douze ans qui s’immisce dans sa vie et cherche à la conquérir en l’écoutant et en la questionnant. Clara ne résistera pas à la verve, à la fulgurance de ce jeune garçon et se livrera enfin. Les lecteurs se réjouiront des dialogues émanant de ces deux êtres que l’âge sépare mais que le cœur et l’âme rapprochent. Parfois, nous reconnaissons un Petit Prince en Franz lorsqu’il parle de l’amour avec cette tendre naïveté si caractéristique. Pourtant Clara quitte Franz et son amour pour se reconstruire et se faire un nom dans la musique. Pour être heureuse aussi ? L’amour remettra Franz sur son passage sans doute au bon moment… mais le suspens s’étire jusqu’aux derniers mots.

C’est à regret que nous achevons la lecture de ce livre d’une douceur et d’une fraîcheur incroyables, ciselé tel un cristal de Bohème. Nous entendrons longtemps les pas de Franz et Clara résonner dans nos têtes. C’est à cela aussi que l’on reconnaît les bons livres.

dimanche 17 juin 2007, a 15:57
Le père adopté de Didier van Cauwelaert
 

Le père adoré

A travers l’évocation de l’histoire familiale et de la vie de son père, Didier van Cauwelaert nous offre un livre personnel, très certainement le plus personnel de sa carrière.

La vie de René van Cauwelaert a été jalonnée de souffrances : souffrance affective après un divorce douloureux et souffrance physique causée par un accident de voiture. Il enchaînera dés lors les opérations et, tel le sphinx, renaîtra toujours de ses cendres alors que la médecine le condamnait. Préférant l’humour et la pensée positive à la morosité et à la plainte, il donnera toujours le change en se faisant passer pour le trublion de service. Mais c’est l’énergie qu’il déploie pour ses enfants qui le caractérise véritablement. Nourrissant pour eux les plus beaux espoirs et prêt à tout pour leur réussite, réalisant inconsciemment à travers eux ce qu’il aurait aimé être, il les encourage de toutes ses forces.

L’auteur retrace ici la vie de son père et, plus largement, l’histoire de sa famille répondant en cela à une promesse qu’il lui avait faite de son vivant. A travers de nombreuses anecdotes, il reconstitue l’univers dans lequel il a vécu lui insufflant le goût de l’imaginaire et des histoires rocambolesques. A commencer par une conversation qu’il surprend entre ses parents et qui marque, à 7 ans, ses vrais débuts d’écrivain. Mais vivre aux côtés d’un père aussi charismatique n’a pas toujours été facile : le décevoir revenait à réduire en miettes ses propres rêves. Pour protéger son père de douloureuses désillusions il a souvent recours à la mystification et pour se protéger à son tour des débordements paternels il s’invente parfois une vie parallèle.

Didier van Cauwelaert a le don de raconter des histoires avec tendresse et humour. Les situations, les portraits des personnes gravitant autour de son père sont croqués avec beaucoup de malice et de justesse, le trait n’étant jamais forcé.

Cette mort ne constitue pas un déchirement pour l’auteur mais plutôt le début de relations différentes… croyant en la survie des âmes, il s’adresse donc directement à son père et, comme le prolongement de leur intense complicité, l’associe à l’écriture du livre quand il s’agit d’évoquer la vie de sa mère et de sa grand-mère paternelle.

Préférant désormais partager avec lui ses rires plutôt que son chagrin, il s’inscrit dans la tradi

dimanche 17 juin 2007, a 15:55
Je voudrais tant revenir d'Yves Simon
 

Passation de mots

Yves Simon signe ici un roman sur l’écriture et la vie d’écrivain. Nous pénétrons avec « Je voudrais tant revenir » dans un univers littéraire original et riche.

Durant deux jours et une nuit entière, deux hommes aux personnalités antinomiques, liés par la disparition d’un être cher commun, vont sceller leur destin autour d’un pacte.

L’un, le narrateur, est un jeune écrivain public, d’une nature assez léthargique et réservée, il vit par procuration en écrivant la vie des autres et erre dans la ville avec laquelle il ne fait qu’un. L’autre, Karl Berline, est un écrivain célèbre à la personnalité expansive et gouailleuse, malade, il ne lui reste que très peu de temps à vivre. Durant cette ultime rencontre, Berline se livre, il livre son intimité, ses expériences de vie, ses joies, ses désirs, ses douleurs mais également son expérience littéraire à la prodigieuse mémoire du jeune homme. La transmission, l’initiation est la motivation première de Berline. Ses mots provoquent la véritable naissance du narrateur en tant qu’homme mais aussi en tant qu’écrivain, désormais ils le feront vivre.

L’auteur ne se contente pas d’évoquer les échanges entre ces deux personnages, il peint également deux beaux portraits de femmes, et attribue une place importante à l’évocation de la ville. En la personnifiant, il en fait un personnage à part entière du livre : cette ville enneigée enveloppe les deux hommes d’une présence maternelle et protectrice.

« Je voudrais tant revenir » plonge le lecteur au cœur de la création littéraire par une mise en abîme brillamment orchestrée par Yves Simon. La construction du roman en plusieurs chapitres courts épouse parfaitement les méandres de la pensée et la multiplicité des idées formulées par les personnages. C’est un livre riche à l’image de la vie passionnante de son personnage et sombre comme l’est toujours le crépuscule de la vie d’un homme. Un roman intimiste et profond qui ne peut laisser indifférent.

dimanche 17 juin 2007, a 15:52
Un roman russe d'Emmanuel Carrère
 

Secret de famille

Délaissant les failles et la folie des personnages de ses précédents roman, Emmanuel Carrère entreprend dans « Un roman russe » d’explorer ses propres failles, ses propres souffrances afin de les exorciser.

L’héritage familial est parfois lourd à porter notamment lorsqu’il se double d’un secret fermement protégé par sa propre mère. Le fantôme du grand-père maternel pèse comme une ombre maléfique sur l’ensemble de la famille et Emmanuel Carrère tente, à travers l’écriture de ce récit autobiographique, d’en briser les effets. Il décide donc de transgresser le tabou et d’enquêter sur ce grand-père si peu fait pour le bonheur : étrange ressemblance avec l’auteur. Une enquête sur un soldat hongrois oublié depuis la dernière guerre mondiale en Russie va être décisive : il fera un reportage sur une petite ville russe où règne une misère et une détresse sans nom, tentera de s’approprier cette langue maternelle qui lui échappe sans cesse tout en vivant parallèlement une histoire d’amour fusionnelle et destructrice. Pourtant rien ne se passera comme prévu : le reportage en Russie se termine sur un horrible massacre, son histoire d’amour (et de sexe !) est minée par le mensonge. Réussira t’il à exorciser ses démons ? Pourra t’il enfin trouver la paix et la joie de vivre ? L’auteur nous livre ici en toute sincérité son intimité, ses souffrances, ses fantasmes et c’est ce qui fait la force et l’unité de ce « roman russe ». La construction parfaitement maîtrisée du récit, l’écriture tantôt « olé olé » (comme il se plaît à le dire lui-même) tantôt tendre épousent véritablement les états d’âme de l’écrivain ainsi que les situations et les expériences vécues dans l’instant. Il ose tout dans ce livre et c’est ce qui le rend touchant…comme ces dernières lignes du livre adressées à sa mère. Une fin qui sonne comme des excuses de petit garçon venant de désobéir à sa mère mais dans son cas la désobéissance est vitale.

dimanche 17 juin 2007, a 15:50
Le Vampire de Ropraz de Jacques Chessex
 

Le triomphe du monstre…

Jacques Chessex construit son nouveau roman sur un fait réel ce qui lui permet d’évoquer son thème de prédilection à savoir la part monstrueuse qui sommeille en chacun de nous. Captivant.

Trois profanations se succèdent dans des villages perdus au fin fond de la campagne suisse dont Ropraz fait partie. Trois jeunes femmes, décédées depuis peu, sont retrouvées violées, démembrées, dévorées… une boucherie à l’état pur. L’enquête piétine, la presse se fait l’écho, tout en l’aiguisant, de l’horreur et de la tension qui règnent parmi les villageois. On nommera, dès lors, l’abominable nécrophage, le Vampire. Ce surnom cristallise les croyances superstitieuses, les mentalités primaires ainsi que les pratiques déviantes de cette population du début du siècle dernier. Le « vampire », enfin arrêté, apparaît sous les traits d’un jeune orphelin de 21 ans victime de la perversité des hommes… la monstrueuse vengeance découlerait des maltraitances subies durant l’enfance, c’est en tout cas le diagnostic de la psychiatrie encore balbutiante qui fait de cet individu un objet d’expérience.

Jacques Chessex propose ici un roman court à l’image de la fulgurance des faits ; le style est direct, sans concession ce qui n’empêche pas la poésie de s’inviter, d’imprégner la prose. Poésie pour dire les hivers longs, la neige qui tombe sans discontinuer comme pour recouvrir d’un voile de pureté la noirceur et la folie des hommes. L’auteur ne juge pas les actes mais décrit avec finesse le terreau poussant certains hommes au crime, au sacrilège.

Sans oublier une fin saisissante tant elle est inattendue, nous laissant stupéfait face à une telle ironie du sort…

.

dimanche 17 juin 2007, a 15:48
Le Col de l'ange de Simonetta Greggio
 

Col de l’Ange

Un col sans relief

Un roman court, une intrigue reposant sur un trio de personnages unis par des liens indéfectibles. L’histoire personnelle de chacun des protagonistes est assez sombre voire tragique. Simonetta Greggio tenait ici un roman poignant pourtant son « Col de l’Ange » en accumulant les clichés et les maladresses perd de sa force et bascule dans le superficiel.

Nunzio vient de décéder, victime d’un crime homophobe, il quitte à regret cette vie facile qu’il s’est construite avec Blue, son amie de toujours. Pourtant l’âme de Nunzio subsiste et il assiste impuissant aux évènements succédant sa mort. A travers le prisme de sa présence invisible et de son point de vue omniscient, Nunzio tente de faire le portrait de Blue qui, confrontée à la mort de son âme sœur, devra surmonter ses démons et tenter de se reconstruire. Cette reconstruction ne pourra se faire sans un retour au Col de l’Ange, berceau familial, qu’elle a fui alors adolescente pour échapper à la violence paternelle et dans lequel elle n’est jamais revenue. Ce retour la remettra sur la route de Marco, frère aîné de Nunzio, qui éperdument amoureux d’elle, attend son retour. La présence invisible de Nunzio comme pour protéger son amie une dernière fois avant de s’effacer à tout jamais, la vie de Blue jalonnée de douleurs, celle de Marco solitaire, repliée sur le désir aurait pu faire de ce roman un hymne à l’amour et à l’amitié … malheureusement cette alchimie si particulière à la réussite d’un roman ne se réalisera pas. Les trois personnalités un peu trop monolithiques et frôlant parfois la caricature ne nous touchent pas, leurs douleurs, leurs désirs nous restent étrangers. De plus, le procédé consistant à utiliser la voix du « mort » comme fil narratif nous donne un air de déjà vu et, dans ce cas, n’apporte rien d’original au récit. L’écriture, enfin, ne se donne pas les moyens de son propos, la simplicité n’est pas un défaut en littérature mais la tiédeur si. Dommage… le lecteur aura attendu le passage d’un ange…en vain.

dimanche 17 juin 2007, a 15:46
L'élégance du hérisson de Muriel Barbery
 

Qui s’y frotte…

Sur fond de critique sociale et à travers les points de vue alternés de deux personnages haut en couleur, Muriel Barbery signe ici un roman très original.

Dans un immeuble chic de Paris vivent, sans véritablement se connaître, Madame Michel, concierge, la cinquantaine et Paloma, 12 ans, cadette d’une famille aisée. En se conformant aux préjugés, elles jouent une sorte de comédie sociale où les concierges sont forcément irascibles et incultes et les adolescentes repliées sur elles-mêmes et passionnées de mangas. Pourtant, toutes deux portent un regard d’une extrême acuité sur les personnes qui partagent leur quotidien et alors que Madame Michel s’en méfie car de rang social inférieur, Paloma, elle, leur voue une véritable aversion les jugeant trop superficielles. Et lorsque nos deux « hérissons », loin du regard méprisant et stéréotypé des autres habitants, baissent la garde… leurs piques… nous découvrons leur secret : un amour infini pour la culture, pour l’art. Mais cette érudition gardée secrète fait d’elles des êtres à part et les plongent dans une grande solitude. L’apparition d’un nouvel habitant viendra bouleverser leur vie en unissant leur destin.

Ce jeu entre l’ « être » et le « paraître » révèle une galerie de portraits drôles, souvent grinçants, toujours justes. Il dévoile aussi les univers culturels dans lesquels se réfugient Madame Michel et Paloma donnant lieu à de savoureuses digressions.

Muriel Barbery semble s’être beaucoup amusée en écrivant ce livre et c’est très communicatif. Le style est brillant, l’écriture exigeante et subtile. En lisant ce livre, nous prenons la pleine mesure de ce que « beauté de la langue » signifie.

Présentation
Chroniques littéraires
On dit souvent que lire est un plaisir. Pour ma part, cela représente bien plus que cela. La lecture constitue une respiration dans la vie trépidante que nous menons tous, chacun à notre niveau, une respiration certes, mais encore un temps pour soi, pour s’informer, se cultiver, rêver, philosopher… que sais-je encore ! La lecture fait partie intrinsèque de ma vie : des premiers livres scrupuleusement listés dans mon petit carnet aux réunions du livre que j’organisais au lycée et dont je garde, entre autres, le souvenir d’une discussion passionnante à propos du livre de Barjavel « Si j’étais Dieu », puis la littérature en classe prépa et enfin une maîtrise de Lettres modernes ayant pour thème « les manifestations de la folie dans les œuvres de Racine ».
Polars, pièces de théâtre, poésie, nouvelles, romans français ou étrangers (les 4 ans passés au Vietnam en tant que professeur de Français Langues Etrangères m’ont permis de découvrir la littérature vietnamienne de Nguyen Du à Duong Thu Huong).

Une expérience formidable m'a permis de réaliser ce à quoi je me destinais avant de devenir prof : la critique littéraire.
. En effet, j'ai été selectionnée en avril 2007 par le magazine l'Express pour faire partie du Premier Prix des Lecteurs et c'est ainsi que je me suis véritablement lancée...!
J'espère que vous prendrez du plaisir à lire mes chroniques, que vous réagirez et surtout si vous cherchez quelqu'un pour votre journal ou autre... n'hésitez pas à me contacter!

Ne repartez pas sans me laisser un petit avis... c'est un vrai plaisir de vous lire.... quel que soit la nature de votre commentaire, positif ou négatif, il n'y aura aucune censure!!

Merci.

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commentaire(s)
José de Richard Andrieux hélène (12/10/2007 16:20)

Perso, quand j'...

José de Richard Andrieux Pascale, la voisine ! (12/10/2007 13:34)

Moi, je préfère enco...

Une pièce montée de Blandine Le Callet hélène (09/10/2007 14:37)

Très chouette ton bl...

Exprimez-vous... en laissant un petit commentaire! Pascale (28/08/2007 16:00)

C'est la journé...

Exprimez-vous... en laissant un petit commentaire! Nadine (28/08/2007 15:41)

Merci ma chère voisi...

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